Politique

Macron élu président avec près de deux tiers des voix face à Le Pen

Emmanuel Macron a été élu dimanche président de la République en battant largement Marine Le Pen lors d’un second tour marqué par une forte abstention, mais de nombreux défis attendent cet homme jeune à l’ascension fulgurante, à commencer par l’obtention d’une majorité à l’Assemblée.

Le candidat centriste, 39 ans, va devenir le huitième président de la Ve République, le plus jeune de l’Histoire, en obtenant près de 65,7% des voix face à la candidate d’extrême droite (34,3%), selon les estimations actualisées dimanche soir.

En fin de soirée, M. Macron a retrouvé ses partisans, qui s’étaient massés par milliers devant la pyramide du Louvre, après une traversée solennelle de la cour de l’ancien palais royal, sous les notes de l’hymne européen.

«Ce que nous avons fait (…) tout le monde nous disait que c’était impossible, mais ils ne connaissaient pas la France!», a-t-il jubilé.

Mais le candidat a reconnu que sa large victoire n’était pas «un blanc-seing», disant qu’il ferait «tout pour» qu’il n’y ait plus «aucune raison de voter pour les extrêmes».

«La tâche est immense (…) je vous servirai!», a-t-il martelé, avant d’être rejoint sur scène par son épouse Brigitte, de 24 ans son aînée.

En début de soirée, devant ses propres partisans réunis dans le bois de Vincennes, Marine Le Pen s’était réjouie, malgré la nette défaite, de son «résultat historique et massif» pour un parti «devenu la première force d’opposition».

Elle devrait totaliser plus de 10 millions de voix, dépassant largement son record du premier tour (plus de 7,6 millions de voix). Son père Jean-Marie Le Pen, lui, avait peu progressé face à Jacques Chirac entre les deux tours en 2002.

Le second tour a été marqué par la plus forte abstention depuis 1969 (plus de 25% selon les sondeurs). Contrairement à 2002 où la présence du Front national avait mobilisé, l’abstention augmente nettement par rapport au 1er tour (22,23%).

Les blancs et nuls approchent les 9% des inscrits (plus de 4,2 millions), un record pour une présidentielle.

Entre l’abstention, les votes blancs et nuls, plus d’un Français sur trois a refusé de choisir dimanche entre les deux candidats.

«Marine Le Pen arrive troisième de ce deuxième tour, après M. Macron, et l’abstention et les votes blancs», a d’ailleurs affirmé le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas appelé à voter Macron.

A l’Elysée, François Hollande a «félicité chaleureusement» son ex-conseiller dont la «large victoire» confirme l’attachement «aux valeurs de la République» et «à l’Union européenne».

A l’étranger, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et la chancelière allemande Angela Merkel, première dirigeante avec qui a conversé M. Macron après son élection, ont salué une bonne nouvelle pour l’Europe. Le président américain Donald Trump a félicité le vainqueur pour sa «large victoire».

Emmanuel Macron accomplit un exploit retentissant: jamais élu auparavant, comme Charles de Gaulle; et plus jeune des 25 présidents de la République juste devant Louis Napoléon-Bonaparte (40 ans en 1848).

Natif d’Amiens, cet énarque, inspecteur des finances puis banquier d’affaires, accède à l’Elysée sans jamais avoir été parlementaire. Secrétaire général adjoint et conseiller économique du président Hollande depuis 2012, il est sorti de l’anonymat en entrant en 2014 au ministère de l’Economie où il est resté moins de deux ans.

Passation le week-end prochain

A la tête d’En Marche! créé il y a un an, avec son programme «et de droite, et de gauche», il a écarté les deux grands partis de gouvernement, le PS et Les Républicains (LR), boutés hors de l’Elysée pour la première fois depuis 1981.

Malgré le renfort du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan et un début d’entre-deux tours poussif de M. Macron, Marine Le Pen a lourdement buté sur la dernière marche, avec une prestation lors du duel télévisé qui a déçu jusque dans ses propres rangs.

Emmanuel Macron doit désormais dévoiler son Premier ministre et la composition de son gouvernement avant de solliciter une majorité aux législatives (11-18 juin).

«Je n’aurai pas d’état de grâce», a lui-même prévenu M. Macron vendredi.

Pour sa première apparition, dans une déclaration télévisée depuis son QG, l’air et le ton grave, M. Macron avait estimé que sa «responsabilité» serait «d’apaiser les peurs, de nous faire renouer avec l’optimisme», promettant d’agir avec «humilité, dévouement et détermination».

Le mandat de François Hollande expire officiellement dimanche prochain et la passation aura lieu durant le week-end.

M. Macron accompagnera auparavant M. Hollande dès lundi pour les commémorations du 8 mai 1945, ainsi qu’à la Journée nationale des mémoires de l’esclavage mercredi, juste après le dernier Conseil des ministres du quinquennat Hollande.

Si la presse française et internationale salue une victoire contre le «populisme», plusieurs journaux relativisent le succès. Emmanuel Macron sera «le président dont la légitimité sortie des urnes sera, probablement, la plus rapidement remise en cause», juge ainsi Le Monde.

L’une des premières mesures annoncées est le dépôt d’une loi sur la «moralisation politique». M. Macron souhaite par ailleurs «dès l’été» réformer le droit du travail par ordonnances, malgré l’opposition du PS, du PCF et de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

En Marche! doit trancher cette semaine les délicates investitures pour les législatives, avec une force place promise au «renouvellement».

Principal parti de l’Assemblée sortante mais balayé de la présidentielle avec les 6% de Benoît Hamon, le PS est en grand danger, pris en tenaille entre MM. Macron et Mélenchon.

Absente du second tour pour la première fois depuis 1958 après l’élimination de François Fillon, la droite tentera d’imposer à M. Macron une cohabitation, avec François Baroin comme meneur de campagne.

Mais plusieurs responsables de la droite pourraient être tentés de rejoindre M. Macron, tel Bruno Le Maire, prêt à «travailler dans une majorité de gouvernement». Si tel est le cas, il aura un adversaire LR aux législatives, a répliqué M. Baroin.

Le Front national, qui n’a que deux élus sortants dans l’Assemblée, vise a minima l’obtention d’un groupe parlementaire.

Marine Le Pen a annoncé «une transformation profonde de notre mouvement afin de composer une nouvelle force politique».

mm
Journaliste de métier et geek dans l’âme je rassemble ici mes plus grandes passions : l’écriture et la politique

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